22/10/2019
  • Société d'Horticulture d'Angers
par Sylvain Milliand

Il y a 500 ans, Lyon ne comptait que quelques 35000 habitants, mais les historiens s’accordent pour lui reconnaître une importance politique, économique scientifique et culturelle sans égale qui surpasse celle de Paris et fait de l’antique capitale des gaules la première ville de France. Située sur un couloir bordé de deux barrières difficiles à franchir : les Pyrénées et l’arc alpin, Lugdunum est le passage obligé du sud vers le nord. Lyon s’est ouvert dès 1470 à l’industrie de la soie, auparavant importée d’Orient et c’est vers 1473 que la première imprimerie lyonnaise voit le jour. En 1494, le roi Charles VIII et son épouse Anne de Bretagne séjournent longuement à Lyon, Louis XII y passe en revue l’armée d’Italie. Mais chaque médaille a son revers, Lyon est la première ville de France atteinte par la Syphilis (provenant du nouveau monde après avoir transité par l’Italie) et les épidémies de peste, qui jalonneront tout le XVIème siècle. Ce qui donnera à la médecine une importance capitale. Cette médecine délaissera les pratiques incantatoires et magiques du moyen-âge pour orienter la pratique médicale vers l’utilisation de remèdes de plus en plus basés sur l’utilisation des vertus des plantes. Ceci impose une transmission par l’écrit des caractéristiques des espèces végétales.

C’est dans ce contexte qu’apparaît « l’école lyonnaise » dont le chef de file fut Jacques Dalechamp (1513-1588). initiateur de « Historia Generalis Plantarium », qui fut la première étude poussée de la flore lyonnaise. Un autre médecin Lyonnais, Jean Bauhin ( élève de Gessner et Fuchs), participa à l’élaboration de cet ouvrage ainsi que de nombreux autres « simplicistes ». Le mot botanique n’étant pas encore apparu. L’on trouve le mot Botanicon dans une lettre de Dalechamp vers 1580 . Le mot botanistes n’apparaîtra pour la première fois qu’en 1676 dans le journal des savants.

Benjamin Delessert ( 773-1847) élu membre libre de l’Académie des sciences en 1816. Botaniste amateur et collectionneur acharné. Son cousin, Armand Delessert, possédait une raffinerie de sucre de canne à Nantes qui, avec l’aide de Louis Say, fera l’extraction du sucre de betterave. Ce qui deviendra plus tard devint plus tard Begin-Say

Jean-Emmanuel Gilibert, médecin, botaniste (linnéiste) et homme politique. Il participe à l’installation du Jardin botanique de l’école vétérinaire, avec de La Tourrette et Rozier et où il rencontrera J. J. Rousseau.

L’ Abbé Rozier( 1741-1814), aidé par Gilibert, crée le premier jardin botanique pour l’école vétérinaire naissante en 1763.

Marc Antoine Louis Claret de la Tourette (1729-1793): le plus important travail laissé par Marc-Antoine-Louis est Démonstrations Élémentaires de Botanique.

Pierre Poivre (1719-1786) : célèbre botanistes explorateur, on lui doit le jardin des pamplemousses dans l’archipel des Mascareignes. Il fut nommé intendant des îles de France et de l’île Bourbon. Sur l’île Bourbon, il introduit entre autres le giroflier, le letchi, l’anis étoilé, l’avocatier du Brésil. À l’île de France, il réussit à acclimater le giroflier, la muscade, le poivre et la canelle.

Philibert de Commerson (1727-1773) : accompagna Bougainville comme naturaliste dans son voyage autour du monde, il collecta à travers le monde des milliers d’espèces de plantes nouvelles, d’insectes, de poissons et d’oiseaux qui furent offerts au jardin du roi. Une mort précoce, à l’âge de 45 ans, ne lui laissa pas le temps de publier ses travaux. Reste pour la petite histoire, l’épisode Jeanne Barret (amie de Commerson) qui fut la première femme à faire le tour du monde sous le couvert d’un déguisement d’homme et qui fut démasquée par les Tahitiens.

La famille Jussieu :

Joseph de Jussieu (1704-1779)

Frère de Bernard et d’Antoine de Jussieu, il étudie la médecine et les sciences naturelles à Lyon et à Paris. Il accompagne, en 17351, en tant que botaniste, Charles marie de la Condamine, lors de l’expédition chargée de mesurer à l’équateur l’arc du méridien ( voir note en bas de l’article). Contrairement aux autres membres de cette expédition, il restera en Amérique du Sud afin d’y continuer ses études naturalistes et d’essayer de retrouver les plantes décrites par le père Plumier. Il pratiquera la médecine philanthropique en soignant les indiens de la variole par une méthode qui sera popularisée plus tard par Jenner.

Antoine Laurent de Jussieu (1748-1836): Il fut le premier directeur du muséum d’histoire naturelle en 1794; Son ouvrage Genera Plantarum, secundum ordines naturales disposita juxta methodum in Horto Regio Parisiensi exaratam-Paris 1789- est fondateur pour la classification botanique récente.

Devenu presque aveugle, il se démet de sa chaire au Muséum au profit de son fils Adrien.

 

 

Alexis Jordan (1814-1897): Outre ses collections de plantes séchées, il rassemble une vaste collection de plantes vivantes au sein d’un jardin expérimental sous la responsabilité de son fidèle collaborateur, chef de cultures, Joseph Victor Viviand-Morel (1843-1915), également rédacteur en chef de Lyon horticole. Alexis Jordan cultive avec l’aide de son chef de cultures, des milliers d’espèces végétales durant 50 ans afin d’attester de manière expérimentale que les espèces proches qu’il cultive ne s’hybrident pas entre elles et peuvent donc être considérées comme des espèces distinctes.

L’Abbé Cariot (1820-1883) : botaniste passionné, il fit paraître « Etude des fleurs » en 1841, ouvrage du à l’abbé Chirat auquel il apporta de nombreux compléments. L’ouvrage renfermait des plantes du Rhône, de la Loire, de L’Ain et la partie de l’Isère qui s’étend de Vienne à la Grande Chartreuse.

Ce XIXème siècle fut un vivier horticole, maraîcher et arboricole avec l’explosion de la diversité, la création et l’introduction de nouvelles variétés tant fruitières que florales (roses). Il vit également la création de la Société Linnéenne de Lyon, la Société Horticole du Rhône et la Société Pomologique de France.

Nous changeons de siècle avec deux autres botanistes lyonnais de renom :

Georges Nétien (1916-1999) : Il publiera près de 250 publications tant sur la botanique que sur la pharmacologie. Il est l’un des pionniers de l’homéopathie. Il participe à la vie de plusieurs sociétés savantes notamment de la Société Linnéenne qu’il dirige en 1951. Il est, notamment, l’auteur de la Flore lyonnaise éditée en 1993 par la Société Linnéenne de Lyon ainsi que du Complément à la Flore lyonnaise paru en 1996.

 

Nous terminerons cette plongée dans le temps botanique par la participation de Gilles Dutertre  et Jean-Marc Tison avec Bruno de Foucault à l’élaboration de « Flora Gallica » en 2014″. L’ouvrage est indispensable pour qui s’intéresse à la flore. Près de treize ans de travail auront été nécessaires à un comité de plus de soixante spécialistes reconnus, réunis par la Société botanique de France , pour aboutir à ce qui est appelé à devenir un ouvrage de référence : une flore totalement refondue, à jour des dernières découvertes. Flora Gallica suit la classification phylogénétique la plus récente (celle de l’APG III) et possède l’originalité d’indiquer les modèles architecturaux des arbres et de contenir des indications pour la formation des noms phytosociologiques. L’ouvrage contient les clés de détermination de l’ensemble des espèces naturelles, acclimatées ou cultivées en grand de Ptéridophytes, Gymnospermes et Angiospermes présentes en France continentale et Corse. Les clés sont agrémentées d’informations de phénologie, de répartition et d’habitat et des illustrations nécessaires à l’utilisateur. De nombreuses notes fournissent des informations précieuses qui aideront l’utilisateur confronté à la réalité du terrain, développent des questions de taxonomie ou de nomenclature ou explicitent certains choix faits dans Flora Gallica. Un copieux glossaire facilitera la compréhension des termes techniques. Couvrant l’ensemble du territoire métropolitain, Flora Gallica décrit plus de 6000 taxons dont environ 5000 espèces naturelles spontanées.

Et en bonus, voici un livre chaudement recommandé par notre conférencier Sylvain Milliand : Le procès des étoiles

 

En 1735, trois personnalités de l’Académie royale des sciences de Paris, Godin, Bouguer et La Condamine, sont envoyées au Pérou pour y mesurer un arc du méridien terrestre. L’expédition doit durer quelques mois, mais c’est sans compter avec les rivalités politiques, les ambitions personnelles et la faiblesse des hommes. …La bonne entente cède bientôt le pas à la jalousie et à la haine. Puis l’Académie des sciences coupe les crédits. Forcés de vivre d’expédients, les savants français vont se lancer dans d’incroyables aventures. Seuls deux membres de l’expédition rentreront en France,  les autres mourront ou sombreront dans la folie.

 

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